~ Kyara, L’indécence

 

Kyara, Un délice indécent

(dans l’univers de Gor)

 

~ ~ ~ ~ ~ ~ 

 

Kyara est soulagée. Elle va mourir, enfin délivrée de ses souffrances. Elle chemine derrière son Maître, son corps d’une volupté inconsciente évoluant avec souplesse. Elle marche vers la mort. C’est ce qu’elle croit jusqu’au moment où il pose son regard sur elle.

Un long voyage va alors commencer.

 

 ~ ~ ~ ~ ~ ~

 

Elle se tient nue, au centre d’une pièce à colonnade sobrement décorée, portant à son cou nouvellement cerclé un collier simple de métal. L’ensemble de la maisonnée, une vingtaine de personnes, est présent. (Valérian a instauré des codes à sa maisonnée, les novices sont habillées d’une camisk beige simplement taillée laissant deviner leurs courbes. Les esclaves de plaisir, ses hétaïres, revêtent une ta-teera rouge dévoilant leur sensualité. Seules deux « Lypiphares » sont vêtues de soies noires exposant largement leurs charmes.) Kyara demeure debout, immobile, lorsque entre une femme d’une insolente volupté. Elle arbore un tatouage redessinant son dos, une talendar s’épanouissant dans un nid de ronce, elle porte à même la peau l’emblème de la maison Valérian. C’est l’éducatrice, Céleste, une femme splendide et langoureuse aux courbes envoûtantes.

 

Elle se dirige droit sur l’esclave dénudée. Lui souriant avec douceur, elle porte la main vers elle, venant lui effleurer dans un geste tendre la joue. Sans même en prendre conscience, Kyara incline légèrement la tête pour profiter de cette caresse. L’éducatrice glisse alors sa main libre à sa taille, la planquant soudainement contre elle pour l’embrasser avec fougue. Entraînée par l’envoûtement qu’exerce cette femme sur elle, l’esclave nue répond avec emphase au baiser tandis qu’un trouble frisson parcourt son échine. Céleste relâche son étreinte aussi soudainement qu’elle l’a exécuté pour venir gifler Kyara. Encaissant la gifle, elle baisse vivement les yeux, troublée, se laissant couler vers le dallage où elle s’agenouille. Son être encore passionné évolue dans une volupté inconsciente pour prendre la position d’esclave de plaisir alors que des murmures de surprise et d’approbation s’élèvent.

 

Valérian hèle à la plantureuse femme d’une voie feutrée. Elle s’avance vers son Maître alors que ses soies translucides volent à chacun de ses pas, elle est troublante, envoutante. Kyara est toujours agenouillée, le regard baissé, elle ne perd cependant rien des propos tenus à son sujet entre Valérian et Céleste. Les mots échangés devenant incompréhensibles, elle se laisse finalement aller dans la contemplation du carrelage. Le temps passe. Retournant à leurs taches, les esclaves quittent la grande salle en silence les unes après les autres laissant l’esclave nue seule. Perdue dans ses pensées, elle est néanmoins consciente du lourd silence qui s’installe. Elle demeure ainsi un long moment avant que son Maître vienne la chercher. Un mot suffit, elle relève la tête en l’inclinant sur le coté, elle offre son collier à la laisse.

 

Dehors, un braséro est installé dans la cour, un fer chauffe. Les esclaves vaquent à leurs occupations, allant et venant. Près du feu s’y tient un homme. Il attend d’un air désinvolte, un mauvais sourire aux lèvres lorsqu’il aperçoit l’esclave en laisse.

« La marque d’infamie va être apposée, que la maisonnée vienne y assister » 

 

Les mots prononcés par le forgeron laissent Kyara interdite, Valérian doit la tirer pour la faire avancer. Pourquoi ? Elle ne comprend pas, elle réalisera plus tard. Kyara est attachée, les mains liées au dessus de sa tête tandis que Céleste approche, regardant l’esclave avec une compassion feinte, elle vient lui caresser gentiment la joue.

 

Kyara laisse un hurlement muet s’échapper de ses lèvres lorsque le fer chauffé à blanc est appliqué sur sa peau, juste à coté du kef ornant déjà sa cuisse. Elle ne veut pas laisser à son Maître le plaisir de l’entendre hurler sous la douleur du fer. Une fois libérée, éreintée par la douleur vive à sa cuisse, elle s’effondre à même le sable de la cour. Céleste s’approche sournoisement dans son dos pour venir la fouetter. Instinctivement, Kyara prend position, venant croiser ses bras devant sa tête posée au sol, gémissante sous les lanières zébrant son dos. Elle laisse malgré elle échapper un cri de douleur lorsque l’eau glacé vient à cascader sur son dos meurtri, le contact à sa cuisse la brûlant à nouveau.

 

L’esclave est emmenée par deux novices dans une cage à l’ombre d’un grand arbre, le vent frais de la soirée venant lécher ses blessures, l’apaisant quelque peu. Une toile de tente est jetée sur la cage, l’isolant, Kyara y reste enfermée plusieurs jours ne recevant sa nourriture que de la main de Valérian.

 

Elle se tient a genou devant son Maître. Céleste était venue la libérer, elle l’avait lavée et habillée d’une camisk sombre fendue à la cuisse exposant sa marque. Elle est la seule à porter cette tenue, les autres filles l’évitant en la voyant, la dévisageant. Valérian a son idée quant à Kyara toujours innommée. Il s’adresse à elle avec douceur déconcertant l’esclave, cette attention contrastant avec le traitement préalablement subit. Il lui parla de sa prochaine formation, Kyara est troublée, elle qui est déjà éduquée, ne s’attendait pas à ça. Parlant déjà plusieurs dialectes, elle les perfectionne, partageant en retour le sien avec son Maître. Elle apprend aussi le barbare, des langues latines. Son étude dure plusieurs temps mais Kyara apprend vite.

 

Lorsque Valérian reçoit, Kyara est toujours présente, agenouillée dans un coin silencieuse. La première fois, elle n’a pas saisit l’intérêt de sa présence alors qu’elle est invisible pour tous. Elle comprend bien vite. Une fois les convives partis, Valérian lui avait demandé de lui retranscrire la soirée, ce dont elle avait bien été incapable de faire. Elle fut punie, ce fut la seule fois. Aussi, elle observe discrètement, apprenant ainsi le langage corporel, notant les réactions des amphitryons. Valérian emmène aussi son esclave à chacun de ses déplacements, la traitant avec insignifiance. Elle est une esclave marquée d’infamie et qui plus est toujours innommée. Personne ne prête attention à cette esclave lui laissant, à leur issus, libre champ pour les étudier, noter leurs réactions ses yeux grands ouverts et ses oreilles attentives aux moindres murmures. Délaissée par son Maître en des lieux de passages, de fréquentation les plus anodins, Valérian utilise Kyara pour en tirer une source d’informations des plus riches.

 

Il fait aussi venir des musiciens chez lui, aiguisant sa connaissance de la danse. Le chant et la comédie font également partis de sa formation. Elle apprend à maîtriser sa voie et à utiliser son corps et son regard, à jouer de tous ses atours en fonction des situations. L’esclave s’avère une élève des plus brillantes, le Maître est content de sa possession.

 

Tout le temps que dure son apprentissage, Kyara n’est ni touchée, ni prise. Son corps éveillé au plus grand plaisir de l’esclave ressent un manque profond. Valérien est conscient de cet état, ce sevrage est nécessaire car il souhaite l’éveiller à d’autres plaisirs, aux délices de celles qu’il nomme chez lui « Lypiphare ». Des esclaves exotiques éveillées à des plaisirs licencieux, condamnées à éprouver le plaisir dans la douleur, un don rare selon Valérian.

 

esclave 2

(Illustration de Luis Royo)

 

Cela fait maintenant quelques années que Kyara appartient à Valérian. Elle n’a toujours pas été nommée. Agenouillée aux pieds de son Maître, le regard baissé, elle attend. La maison est silencieuse, les esclaves sont toutes sorties ce qui ne manque pas de troubler Kyara. Un mot suffit, l’esclave réagit instinctivement offrant son cou à la laisse. Il la mène au centre de la cours à l’endroit même où il l’a fait marquée d’infamie trois ans auparavant. Sans un mot, Valérien l’attache à nouveau tandis que Kyara pose un regard troublé sur son Maître se laissant manipuler. Elle ne comprend pas, elle qui obéit toujours docilement.

 

Exposée comme elle l’est, son corps intouché à fleur de peau tremble sans même qu’elle en ait conscience. Valérian lui ordonne de lui conter son histoire, Kyara lui raconte alors sa vie, des jours heureux aux heures les plus sombre, du bonheur à l’horreur. Tout en l’écoutant, il laisse aller ses doigts sur sa peau frissonnante, torturant son corps sans la satisfaire. Elle tente vainement de maîtriser son être dans des efforts futiles. Ne tenant plus, elle supplie son Maître d’arrêter, de mettre fin à cette torture si délicieuse. Il ne tient guère compte de ses suppliques et tout en continuant ses caresses pernicieuses, il vient murmure à son oreille. Aux mots prononcés, Kyara se fige, ses yeux écarquillés de stupeur alors qu’il l’abandonne subitement, la laissant ainsi attachée à ses réflexions.

 

Elle reste un long moment à méditer les mots de son Maître. Se remémorant ces dernières années, elle réalise, acceptant ce que son inconscient a déjà accepté à son insu. Au moment où elle relève la tête pour l’appeler, le fouet s’abat sur son dos. Surprise, elle crie, aussi bien de douleur que de plaisir. L’esprit tourné vers ses réflexions, elle n’avait pas senti sa présence tandis que lui n’a rien perdu de son éveil. Il la fouette à plusieurs reprises, se délectant de l’entendre crier. La saisissant par les cheveux, il la prend enfin pour son plus grand plaisir. Impuissante, elle se laisse aller, se donnant totalement, une flamme renaissant à ses yeux d’azur tandis qu’elle gémit de plaisir. Ereintée, apaisée, Valérian la prend tendrement dans ses bras après l’avoir libérée, la portant vers l’intérieur. Elle pose sa joue contre son épaule alors qu’il lui embrasse le sommet du crâne la nommant enfin dans un murmure.

 

Le lendemain, une fête a lieu, Valérian rassemble toute sa maisonnée dans la salle principale. Les esclaves s’agenouillent en cercle, laissant le centre de la pièce libre. Les lypiphares termine le cercle de part et d’autre du siège de Valérian aux pieds de qui Céleste est agenouillée. Des rumeurs se font entendre, l’innommée n’est pas présente. Un nom prononcé par Valérian et une femme drapée d’une longue cape noire entre. Une grande capuche retombe sur sa tété masquant son visage. Elle avance d’un pas souple à la démarche éolienne. On peut entendre tinter de fines chaînes. La femme s’immobilise au centre du cercle.

 

Valérian frappe dans ses mains et la musique se fait entendre. Dans un mouvement lent et mesuré, la femme fait basculer sa large capuche dévoilant son visage. Des murmures de stupeurs s’élèvent à cette révélation, l’infâme a été nommée. Relevant ses mains au dessus de sa tête, elle les joint dos à dos, la cape chutant à ses pieds dévoilant ainsi son corps drapé de soies noires translucides. Elle reste ainsi immobile, exposée aux regards de tous. Tandis que les invités retiennent leur souffle, Valérian s’éclaircit la voie, s’adressant à l’esclave, il lui ordonne de danser pour son Maître, pour celui qui la possède. Alors qu’un sourire se dessine à ses lèvres délicates, l’esclave ferme les yeux tandis que son corps commence onctueusement à onduler. Au centre de la grande salle, Kyara danse pour son Maître au rythme de la musique. Des chuchotements d’appréciation se font entendre alors que la femme évolue avec volupté, ses soies volant au grès de ses mouvements. Elle est troublante, envoûtante.

 

Il sourit, ravie de son effet. Valérian frappe à nouveau dans ses mains et quatre hommes viennent prendre place autour de Kyara. Ils ont en main un long fouet, le Serpent. La musique change et le sifflement des fouets se fait entendre tandis que la surprise mêlée à la stupeur gagne les convives. L’esclave danse au son des fouets claquant le sol mais aussi son corps ondulant. D’agréables gémissements de douleurs et de plaisir se mêlent à la mélodie licencieuse des serpents zébrant sa peau de porcelaine. Elle semble au sommet de son art, d’une langueur insolente. Alors qu’elle danse, un convive saute sur ses pieds hurlant une somme exorbitante, il souhaite la posséder. D’autres se joignent à lui, Valérian refuse. Il exhibe sa créature, cela lui coûtera la vie. 

 

~ ~ ~ ~ ~ ~

Mito Itancanka ?

Silence esclave !

La femme à genoux posa un regard farouche et plein de défis sur l’immense stature assis face à elle sur le pont arrière du navire.

Vas-tu me punir mito Itancanka ?

La curiosité ne scie pas aux kajirae.

Il marqua une pause, il semblait passablement énervé.

Et cesses donc de m’appeler comme ça !

 Il la bouscula du pied sans ménagement. L’esclave chuta sur les planches du pont, puis tranquillement, son corps évoluant avec souplesse et volupté, elle se remit à genoux.

Ho mito Itancanka ! 

Elle sourit en coin, son regard pétillant d’assurance, un air espiègle se dessina à son visage d’opale. L’homme, un pirate des mers, se leva en grognant.

 Tu aimes le fouet ? Hein ! 

C’était plus une affirmation qu’une question mais le pirate attendait malgré tout une réponse.

Mito Itancanka connaît la réponse. 

Elle ne cessait de le regarder, détaillant la moindre de ses réactions. 

Ho, ton Inahan aime le fouet. 

Le marin continuait de faire les cent pas, allant et venant sur le balcon arrière excédé par son esclave.

 Que m’as-tu dis à ton sujet ?

L’Inahan qui s’épanouit dans les profondeurs des limbes, la Lypiphare.

Ah oui, Lypi… machin. C’est ainsi qu’il vous appelait celui qui t’a éduquée à donner du plaisir dans la douleur ! 

Il semblait dégoûté par l’idée, continuant d’aller et venir, tournant en rond autour de l’esclave à genoux.

Comment as-tu finit à mes pieds esclave ! ?

Sa voie était dure, aux accents graves et sourds, la colère pouvait se lire sur les traits de son visage marqué par le sel de Thassa.

Dans l’entrepôt aux esclaves, mito Itancanka. Quant, déguisé, tu inspectais les potentielles esclaves que tu disais vouloir acheter. Je t’ai regardé, tu n’as guère apprécié mon regard. Je n’étais pas à vendre, j’étais alors aux pieds du Marchand que tu as jeté par dessus bord. C’est là que tu as décidé que tu allais me posséder. 

L’esclave marqua une infime pause dans son discourt, profitant de ce bref silence pour étudiez les traits du visage du marin maintenant immobile devant elle, attentif à ses propos.

Tu as vu dans mon regard un défis, tu n’avais pas tord. C’était celui d’une femme qui sait qui elle regarde malgré le déguisement. J’ai su qui tu étais, tu ne m’as pas trompé comme tu as pu le faire avec mito Itancanka.

Pourquoi n’as-tu pas prévenu ton Maître alors ? 

Toujours en colère après l’esclave, le pirate semble pourtant intéressé par ses dires. 

Parce qu’il n’en valait pas la peine, c’était un homme cupide et envieux, sans ambitions. Il n’avait pas la moindre idée de mes capacités, il aurait même été incapable de les concevoir.

Grognant furieusement face à la franchise insolente de l’esclave, il la gifla brutalement. La puissance de cette main projeta la femme au sol où elle laissa échapper un gémissement troublant alors que son sang s’échauffait subitement accentuant l’énervement du marin. Elle s’en mordit la lèvre, cherchant à apaiser l’indécent délice qui envahissait son corps. Elle reprit sa position replaçant ses mains croisées dans son dos comme les esclave de Thentis. Le marin posa alors un regard dédaigneux sur l’esclave, insistant sur la marque d’infamie à sa cuise.

Tu la portes très bien ! Celui qui te l’a apposé n’avait pas tord.

Mito Itancanka, celui qui me l’a apposé et celui qui m’a formé… et non éduquée… sont le même homme, Valérian.

Raahhh !

Enervé, le grognement émit par le pirate ressemblait plus à celui d’un animal. Il attrapa alors l’esclave par les cheveux, le corps de la femme réagissant d’instinct à la douleur qui irradiait son être. Elle tenta futilement de retenir un soupire de plaisir.

Comment t’a-t-il perdu ?

Malgré la colère, la curiosité prenait le pas, le pirate souhaitait en savoir plus. L’esclave le savait, elle en jouait subtilement, laissant au marin le plaisir de mener la discussion. Elle en éprouvait un plaisir intense.

 En attisant la convoitise de certains hommes, en exhibant sa créature, en m’exhibant mito Itancanka ! 

Le pirate relâcha l’esclave et se remit à faire les cent pas sur le balcon arrière de son navire de guerre. 

Comment t’appelles-tu esclave ? 

Tu ne m’as pas encore nommée, mito Itancanka !

 Le pirate grogna de nouveau.

Ne fait pas ta maligne ! 

Je m’appelle Kyara. 

Comment ce Valérian t’avait nommée ? 

Azur, mito Itancanka, en référence à mes yeux.

Le marin s’approcha de l’esclave, faisant glisser ses cheveux noirs de jais dans sa main calleuse. 

Je vais t’appeler Ebène !

Et maintenant Ebène, dis moi, toi qui éprouve du plaisir dans la douleur, comment te punir ? 

Les yeux azurés de l’esclave n’avaient pas quitté le pirate, le suivant du regard.

 Mito Itancanka, tu connais sûrement les marins des mers du Nord, au delà de la Grande Forêt

Elle parlait d’une voie douce et feutrée.

 Ah oui ! Très bonne idée.

Un mauvais sourire se dessina aux lèvres du pirate, il héla deux marins. Les deux hommes vinrent attraper l’esclave, la soulevant sans difficulté. Elle se crispa alors qu’ils l’emportaient, posant un regard maintenant terrorisé sur son nouveau Maître. Elle avait déjà subit cette punition, elle savait ce qui l’attendait.

~ ~ ~ ~ ~ ~

Elle était allongée sur le sable, encore inconsciente. La femme gémit quelque peu en revenant doucement à elle. Son corps était douloureux et ses poumons en feu brûlés par l’eau salée. Tout en se relevant avec difficulté, elle se remémora ce qu’il s’était passé, un frisson d’horreur lui parcourant le dos.

Personne ne l’avait vu venir, pas même la vigie. Un tharlarion des mers avait surgit sournoisement des profondeurs brisant toutes une rangée de rames avant d’éventrer le navire. Thassa l’Indomptable avait décidé qu’elle vivrait, la berçant alors qu’elle rêvait d’une mort salvatrice. Elle avait bu la tasse à plusieurs reprises manquant de se noyer à chaque inspiration. Elle avait finit pas perdre connaissance, son corps ballotté par les flots, dérivant au grès de la houle, Thassa l’avait déposée sur la plage. La mort lui était décidément refusée.

 

Elle avait réussit par se redresser après plusieurs tentatives douloureuses. Elle marchait sur la plage en direction du bourg qu’elle avait aperçu. Lentement, pas après pas, elle y parvint. Le bourg était silencieux, il semblait comme endormis. Ce fut un médecin qui la trouva, Le consul de la cité de Caithris.

 

~ ~ ~ ~ ~ ~

Ebène, c’est le nom qu’elle porte. L’esclave se trouve aux pieds d’un homme, un vieil homme, membre de la Caste verte et Consul. Elle esquisse un sourire, l’observant distraitement alors que ses doigts délicats viennent effleurer ses chevilles. Celui qui possède pour l’heure son cou baisse son regard sur elle, les attentions de son animal lui donnant des frissons.

 

Ses yeux cristallins brillant d’une lueur énigmatique, elle détourne le regard alors qu’elle aperçoit un homme approcher. Il avance droit sur eux d’une démarche nonchalante, mâchouillant un épis. Sans même un regard pour l’esclave, il la désigne du doigt, d’un geste inquisiteur, expliquant simplement la situation : il la veut. C’est sans compter sur le refus du Consul, attaché à l’influente sensualité de l’esclave sur sa chaîne. Le vieil homme secoue lentement la tête pour marquer sa négation.

 

L’homme, un pécheur selon ses dires, ne semble pas vouloir entendre la réponse du médecin. Il baisse son regard sur le sol et le relève doucement vers les yeux du vieil homme. « J’ai demandé pour être aimable. » Le pêcheur penche alors sa tête de l’autre coté. « Le plus souvent je prends. »

 

Un sourire forcé apparaît sur le visage du consul, il connaissait la réputation de cet homme aux airs nonchalants. Mais c’est sans compter sur son entêtement, le vieil homme renouvelle son refus, têtu, fier aussi de posséder cet animal. L’un comme l’autre d’ailleurs. « Je te la dispute, que tu soit vieux ou jeune tel sont les lois de Gor, mais soit tranquille je ne suis pas pressé, prend le temps de mander un champion. » Le pêcheur se gratte sa joue droite de la main, le bruit irritant des ongles sur sa barbe de trois jours se faisant entendre. Il n’avait rien contre le vieil homme mais il voulait l’animal à ses pieds.

 

Le médecin cherche une parade, une explication satisfaisante quant aux particularités de l’esclave pour contrer le désir du pêcheur mais en vain. Le jeune homme s’accroupie et refait son lacet. « Les esclaves sont comme les chaussures, un peu raide au début, mais finalement elle épouse la forme de leurs tuteurs. Je ne m’en fais pas. »

 

Le consul fait craquer les vertèbres de son cou. Il désigne l’esclave aux cheveux d’ébène à ses pieds, indiquant qu’elle n’est pas cette botte, cette chaussure, la comparant à un bois brut et sauvage dont même le ciseau de l’ébéniste ne suffit pas à la modeler.

 

En se relevant, le pêcheur se gratte le ventre de façon désinvolte. « Tu changerais d’avis si je la laissais au près de toi quand je ne suis pas la ? » Il penche alors la tête de l’autre coté, sur la droite, tout en parlant de défis et de tournois qu’il a relevé.  « Le seul combat que j’ai perdu était contre l’homme qui se tient derrière toi, et il est mon frère d’arme. Accepte ma requête, tu auras ce que tu veux en échange, ou qui tu veux. Et ça m’évitera d’avoir à tuer un Brave de plus. »

 

L’ancien se tourne et détaille l’homme dans son dos, un membre de la Caste écarlate, un Champion. Il reporte ses yeux sur le pêcheur, le visage ridé mais un regard toujours brillant. « Je suis trop vieux pour avoir peur de rejoindre le royaume de poussière… et si tu souhaites m’affronter je ne prendrais pas de champion »

 

Le pêcheur toussote et regarde le vieil homme avec des yeux ronds. Il ne souhaitait pas sa mort, il reconnaissait la valeur du médecin, un homme de bien. Mais le vieil homme est lui aussi têtu, il fait craquer ses doigts. «  Il est des jours où se cacher derrière un homme plus jeune n’est plus dans mes goûts. J’ai pris femme et ma compagne est grosse; la cite revit… et pour mon compte, ma tache en ce monde est presque complète. Il me plait de croire que si je disparais, au moins quelques esclaves se couvriraient la chevelure de cendres »

 

Le jeune homme se gratte le ventre, acceptant le choix du consul. Il prend une brève aspiration « J’aime posséder c’est ce qui m’intéresse, on ne se refait pas. Je te laisserai choisir le lieu, la date et les armes. »

 

Le pêcheur incline respectueusement la tête alors que le médecin l’hoche doucement et se frappe l’épaule du poing. Le vieil homme prendra quelque temps pour mettre ses affaires en ordre.

 

~ ~ ~ ~ ~ ~

Une silhouette féminine se tenait debout, offerte à la brise nocturne. Elle était magnifiquement nue, ses courbes d’une insolente volupté exposée à la caresse diurne. Une perle cristalline ruissela sur sa joue, elle se souvenait du jour où elle était morte, où celle qu’elle avait été était morte.

 

La femme était grosse, elle devait accoucher dans une ou deux lunes. Kyara fut jetée à terre et rouée de coups, ils frappèrent, frappèrent encore, et encore son ventre rebondit. Ces mercenaires, ces chasseurs d’esclaves, monstres qu’ils étaient, s’acharnèrent sur cet être à venir sans retenue, dans toute leur cruauté. La femme hurlait, de terreur, de douleur, son bébé mourrait avant même d’avoir vu le jour. Le femme hurlait, d’effroi, de souffrance, elle mourrait avant même lui avoir donné la vie.

 

L’horreur tomba comme un couperet sur cette innocence et la démence s’insinuant sournoisement. Cela avait duré de longtemps minutes, elle en avait perçu la motion d’éternité. Son esprit avait été cruellement démembré, elle était morte en même temps que son enfant balancé aux limbes accueillants.

 

Kyara avait sombré dans confort de l’inconscience tandis qu’ils délestaient son corps sur une table d’abattage. De vieux locaux aux couleurs des Verts, l’odeur médicale encore présente, le bourreau s’approchait, s’avançant irrémédiablement vers elle. Une torture immonde, elle fut sortie de sa torpeur salvatrice dans un hurlement inhumain, de pure douleur. Son tourmenteur l’avortait, des souillures de sang, de chair, maculaient les lieux.

L’aliénation envahissait cet espace tortueux, la phobie souriait, ravie, devant cette ingénue, plongeant sur cette innocente martyre, elle se délectait de ses terreurs à venir. Le rire sordide du tortionnaire dément se fit entendre, il avait réussit, au-delà de toute cette horreur, à préserver son corps mais la magie de la vie l’avait quitté à tout jamais.

 

Une silhouette féminine se tenait debout, offerte à la brise nocturne. Elle était magnifiquement nue, ses courbes d’une insolente volupté exposée à la caresse diurne. Une perle cristalline ruissela sur sa joue, elle se souvenait du jour où l’aliénée était née alors que celle qu’elle avait été était morte.

 

~ ~ ~ ~ ~ ~

Elle porte maintenant plus rien, Propriété des cendres.

~ Kyara, L'indécence in_the_middle_of_wild_herbs_by_vyrl

 

Neige

 

Publié dans : ||le 11 juin, 2009 |5 Commentaires »

5 Commentaires Commenter.

  1. le 11 juin 2009 à 17:09 Uh uh ... écrit:

    J’ai pas lu mais tu rox forcement !

  2. le 12 juin 2009 à 17:53 Esclave écrit:

    C’est magnifique,d’où tu sors cette histoire!!
    En tout cas bravo à toi,tu gère grave,j’adore!!!

  3. le 13 juin 2009 à 8:44 Zekk écrit:

    Un très beau texte, du début jusqu’à la fin.
    Passant très souvent par ici, j’ai toujours hâte de découvrir tes derniers messages.
    Tu me surprends toujours très agréablement. Vivement la suite !

  4. le 3 août 2010 à 23:36 Rajus écrit:

    J’aime aussi. (:

  5. le 2 octobre 2010 à 15:57 Sinik écrit:

    Bravo :)

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