~ Elle, La dualité

 

 

 

Elle, Une dualité insaisissable

(dans l’univers de Vampire The Masquerade)

 

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Une pauvre fille retrouvée exsangue, on parle d’un meurtre. La honte tombe sur le chef de famille, un homme fier et farouche, un battant que l’on retrouve mort. Un suicide ? Ça ne cadre pas avec le personnage. Sombre scandale, l’aîné ne peut rester, il doit fuir, quitter ce déshonneur oppressant et pesant. Heureuse coïncidence, une offre lui est faite en France, un poste proposé par la fondation Maspero. L’anglais accepte.

 

Une ombre sinistre plane, une signature, peut être… Sûrement.

 

Le Professeur est satisfait, ses pions avancent, se mettent doucement en place sur son échiquier, celui des ombres. Il estime l’anglais pour son esprit d’analyse et sa soif de connaissances. C’est lui qu’il choisit pour s’occuper d’Elle lorsqu’il en aurait fait un être de la nuit. Doucement, l’éternité devant lui, Il tisse sa toile, place ses points. Elle n’est encore qu’une enfant, une petite fille solitaire et sauvageonne à l’imaginaire onirique. Son innocence lui plait.

 

Giovanna fuit sa gouvernante venant se cacher dans les jambes de l’anglais. C’est son premier jour, il la regarde faire, lui souriant, la petite lui rendant son sourire dans une moue d’enfant des plus adorables. L’anglais approche sa main du visage de la petite sauvageonne empêtrée dans ses jambes, passant affectueusement ses doigts dans sa sombre chevelure. A ce geste, un lourd silence s’installe dans le hall, l’ensemble des présents retenant leur souffle. La petite tire la langue, malicieuse, jamais encore elle ne s’était laissée toucher.

 

Le Professeur, invisible, intangible est ravi. Il a bien choisit ses murmures nocturnes, ses chuchotements ont porté leur fruit. Solitaire, Giovanna n’accordait son attachement qu’à son compagnon à quatre pattes : une chatte nommée Déméter. Dès lors, à chacune de ses visites à la fondation, l’enfant, accompagnée de Déméter, ne quitte plus l’anglais, le suivant comme son ombre alors qu’il vaque à ses occupations. Cette proximité convient au professeur plus qu’il ne l’aurait imaginé, il est satisfait de ses pions.

 

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L’enfant le suit comme son ombre, silencieuse, elle observe l’attitude des gens à son égard, leur malaise car ils ne savent comment réagir à sa présence. L’anglais n’en a que faire, bien au contraire, égal à lui-même, il apprécie sans le dire l’effet provoqué par la petite sur ses interlocuteurs. Il en joue à merveille parlant sans retenu en profitant de leur trouble. 

 

Mais de temps en temps, la petite sauvageonne disparaît dans les méandres de la fondation suivit de près par Déméter sa chatte noire. Elle peut rester ainsi, pendant des heures, invisible à son entourage même à ses parents. Elle aime aller et venir au milieu de ses antiquités, ses trouvailles d’un autre temps. Elle les connait par cœur, accompagnant ses parents dans leur fouille, elle assistait à leur découverte, leur renaissance aux yeux du monde, des pierres ensevelies pendant des millénaires à nouveau exposées au soleil, celui même qui les avait vu disparaître. Elle laisse aller ses menottes sur les aspérités de ces vieilleries, les yeux fermés afin de mieux ressentir leur être, elle les connait par cœur.

 

Quand la petite ne revient pas d’elle-même vers la surface, profondément enfermée dans son monde, son univers avec son amie, c’est l’anglais qui doit partir à sa recherche, ses parents beaucoup trop pris par leurs études. Si un étranger à son univers venait à la découvrir, malheur à lui. Tel un chat, la sauvageonne sort les griffes, mordant avant de se sauver. L’anglais, en dehors de ses parents, est le seul à pouvoir approcher la petite indomptée. 

 

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Du sable, encore du sable et toujours du sable… Des temples, des pyramides et des instructeurs aussi… Les uns après les autres, les précepteurs abandonnent tous, sauf un : son professeur de Latin. Il faut dire que la fille de Paul et Nicoletta est unique. Une petite fille qui grandit à l’écart, dans son propre univers, adorant ses chats et leur déesse, ne ce confiant qu’à son amie, sa seule et unique amie. Aux yeux des autres, ceux qui accompagnent ses parents, Giovanna est étrange, dérangée, ils s’en défient. Ne lui adressant jamais la parole, ils la désignent que par le pronom Elle car pour ces locaux, prononcer son nom porte malheur. 

 

L’enfant est pourtant devenue une belle jeune femme aux cheveux d’ébène. Longs et fins, cascadant sur ses épaules, ils encadrent son visage dont le teint rosé adouci les traits. Particulier lui aussi, un teint blafard, son professeur est lui aussi différent. Il ne ressemble pas aux autres, ses égyptiens basanés, c’est un occidental aux traits fins. Il vient de manières irrégulières, une fois la nuit tombée. Elle n’en a cure, cela l’arrange, elle qui fuit se soleil qui agresse sa douce peau opaline, la jeune femme est sensible et fragile.

 

En dehors de ses parents, son professeur est le seul à lui parler, Elle se sent bien lorsqu’il est présent, comprise car il l’accepte tel qu’elle est. Certains soirs alors qu’Elle va et vient silencieuse parmi les tentes, elle sent sa présence. Elle aime se promener ainsi parmi les êtres endormis, il surgit souvent alors qu’elle ne s’y attend pas, la surprenant. Marchant tous les deux, souvent elle se laisse enivrer de sa proximité, elle ne serait dire pourquoi mais cette sensation l’apaise. Il lui enseigne certaines connaissances, sombre et mystérieuse, elle l’écoute religieusement, envoutée. 

Les autochtones voient en Elle une maudite et ils n’ont pas tord mais Elle ne le découvrira que plus tard.

 

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Bubastis, il fait nuit, le temple est silencieux, Elle va parmi les statues à l’effigie de Bastet et Sekhmet. Elle les aime comme ces chats qui vont librement dans le temple de leur déesse. Elle sourit, son amie est avec elle, l’accompagnant. Grandissant, seule, à l’écart de tous, ses parents archéologues l’emmenant partout avec eux, Cérès la suit depuis son enfance, amie fidèle, cet être des plus innocents est resté l’enfant qu’Elle était.

Elle erre tranquillement, caressant le chat qui vient frôler ses jambes, elle se baisse puis s’écroule, un coup derrière la tête, le chat feule se sauvant devant l’ombre maraudeuse. Elle rêve, Cérès l’accompagne. Le chemin se trouble, tout devient flou, Elle se réveille au cœur du Temple. Au dehors, des cris, des hurlements, Cérès a peur, elle se cache.

Elle, intriguée, s’approche de la sortie du temple. Arrivée au haut des marches, Elle regarde la scène d’horreur qui s’offre à ses yeux, elle pousse un hurlement strident. Elle se précipite, court, saute sur l’un d’eux. Enragée, elle lui enfonce ses doigts délicats dans les yeux. Projetée, elle heurte une caisse en bois la brisant, sa main frêle tombe sur une arme, celle de son père. S’en saisissant, Elle tire aveuglement, tout explose autour d’elle, les flammes virevoltent dans une danse macabre, elle hurle sa fureur avant de s’effondrer au sol, le chargeur de l’arme vide.

  

Une douleur atroce, Elle se réveille, un voile ténébreux couvre son œil meurtri. Dans sa fureur elle ne s’était pas rendu compte qu’un éclat l’avait gravement blessée. Indifférente, meurtrie, elle avance parmi le carnage environnent en direction du temple. Elle marche dans le sable nu-pieds, la main sur son œil mutilé. Des perles rubis glissent le long de son bras avant de venir mourir au sol, laissant une fine ligne pourpre derrière elle. Cérès est tétanisée, caché au plus profond de son esprit, Elle ne ressent plus que haine et tristesse, violence et douleur. Au pied de la statue de Sekhmet, Elle se love entre les pattes de la déesse de la guerre. Elle clôt ses paupières, Elle veut partir, quitter cette horreur, se laisser aller, mourir.

  

Il assiste à la scène avec tristesse, un camp d’archéologue vient d’être attaqué par des pirates. Malgré l’horreur, un sourire naquit à ses lèvres pourpres, Elle était là, meurtrie mais vivante. Dans un silence religieux, il suit les perles rubis qui marquent son chemin, mortellement blessée, combien de temps survivrait-elle ? Il la retrouve, endormie aux pieds de Sekhmet, la main qui masquait son œil traumatisé est retombé sur le sol de pierre, du rouge sanglant entachant ses doigts délicats. Son odeur lui chatouille le nez, ce sang encore chaud quittant ce corps si frêle. Son visage semble malgré tout paisible, Elle doit sûrement rêver.

  

Elle retrouve Cérès, la déesse est là, passant de Sekhmet à Bastet veillant sur elles deux, s’appropriant chacune la sienne. Troublée, apeurée, Cérès va se blottir dans les bras d’Elle qui console doucement sa protégée. Ensemble, toujours ensemble. Ils miaulent, les enfants de la déesse sont là, les entourant, venant se frotter à elles. Cérès redresse la tête, Elle lui sourit avec tendresse, doucement, tout est finit.

  

Il lui caressa la joue, effleurant sa peau opaline, Elle est en train de mourir. Il prend ce corps si fragile dans ses bras, venant enfouir son visage dans ce cou taché de sang il la goûte, la baise. Tout bascule, l’étreinte fait vibrer ce corps délicat, troublant son esprit, Cérès prend vie, Elle lui cède la place, Jamais plus elles ne se quitteront. Elles ne font plus qu’une, opposées et pourtant si liées à l’image de leur déesse.

 

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Avec appréhension, Cérès ouvre les yeux, sa vue est trouble et son œil lui fait mal. Une silhouette, un visage se dessine à son unique œil, lui, le Professeur d’Elle. Perdue, sa présence la rassure, apeurée, elle se blottit contre lui.

Cérès tremble, Où est-elle ? Elle ne serait le dire. Il fait sombre et ça tangue, mais lentement des bruits naissent à ses oreilles. Cérès a peur, Elle n’est gère rassurée mais le Professeur est là, les apaisant toutes deux. Doucement, son environnement prend forme, Cérès se repère. Un bateau, elles sont en mer au grand damne d’Elle qui hait l’eau. En route pour Marseille, il les ramène à la fondation où Sir Edgar pourra prendre soin d’elles.

Pendant le voyage, le professeur explique patiemment à Cérès qu’elles ne reverront plus le soleil, le Professeur explique patiemment à l’enfant qu’elles sont maintenant différentes. Sans le dire explicitement, Elle, la jeune femme derrière, comprend ce qu’elles sont devenues. Être de la nuit, elles iront, clandestines, une fois la nuit tombée, être de la nuit, elles se nourriront maintenant de la vie.

 

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La maison est vide, ses parents sont morts, Elle est la seule survivante. Elle erre dans les couloirs du manoir comme elle le faisait il y a maintenant plusieurs année dans le temple, son temple, celui de sa non-mort. Mais que cela lui a coûté, blessée à jamais, Elle a perdu son œil, maudite pour l’éternité, Elle a perdu le réconfort de ses chats, les enfants de sa déesse.

  

La fondation gère les finances de la famille, Elle n’a pas à s’en faire. Que de remords, Elle cède la place à Cérès, cet être innocent, image de la vie alors qu’elle n’est que mort. Cérès joue, elle aime beaucoup sa balançoire, c’est comme si on volait, on est libre sur une balançoire. Cérès regarde le ciel, des milliers d’étoiles brillent, souriant elle saute sur ses pieds, Il doit lui enseigner des choses et des trucs cette nuit, elle a hâte de le voir, de voir le  Professeur. Elle sait déjà disparaître, c’est pratique pour jouer à cache-cache, Elle a de la chance mais Cérès, elle, va apprendre à écouter. Cérès est ravie, curieuse comme elle est. Innocente enfant…

 

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Elle marche silencieusement dans la rue mal éclairée. La jeune femme qu’elle épie religieusement depuis plusieurs mois rentre chez elle. Invisible, alors que la demoiselle referme la lourde porte d’entrée sur elle, pénétrant dans cette chaleureuse maison contrastant avec son âme, Elle s’insinue à l’intérieur. Elle lui ressemble, de longs cheveux de jais encadrant un visage au teint opalin, élancée, un corps exprimant douceur et sensualité alors qu’elle n’est que tristesse et douleur depuis cette tragique nuit. La jeune femme délaisse nonchalamment ses affaires sur la commode avant de monter à l’étage. Se dévêtant lentement, ses vêtements viennent joncher les uns après les autres les escaliers de bois. Arrivée en haut des marches, la jeune femme tourne sur sa gauche.

 

Elle se dirige vers le sac à main, petit et pratique, il est en cuir noir. Pragmatique, Elle l’ouvre, regardant dedans. A l’étage, le bruit de l’eau se fait entendre, Claire, c’est ce qu’indique la gravure de la carte bleue, se fait couler un bain. Elle frissonne, elle ne risque pas de monter, elle qui a une sainte horreur de l’eau. Se désintéressant du sac après y avoir repéré ce qui l’intéressait, Elle se dirige vers la cuisine. Des médicaments traînent négligemment sur la table : antidouleur, somnifère, antalgique, Elle prend une des boites, récupérant deux pilules bleues dans le creux de sa main, s’éloignant vers le salon. Posée sur le buffet, il y a l’album photo de la jeune femme, Elle le parcourt à nouveau.

 

Ce n’est pas par hasard qu’Elle a choisi Claire. Coïncidence fortuite, Elle avait assisté au tragique événement avec satisfaction ; l’accident de voiture qui aurait pu lui coûter la vie ne lui avait pris qu’un œil. Dissimulée, invisible, Elle s’était approchée de la jeune femme inconsciente, un éclat de verre entre ses mains impitoyables. Sans états d’âme ni aucuns remords, Elle lui avait crevé l’œil. Elle disparue avant l’arrivée des secours qui arrivaient bruyamment, toutes sirènes dehors. Depuis, Claire vit avec la douleur, latente et lancinante, qu’elle masque avec ses drogues pharmaceutiques, les insomnies chroniques que ses somnifères atténuent, les antalgiques qui endorment ses maux de tête. Pauvre Claire, elle a survécu.

 

Emmitouflée dans un peignoir, ses cheveux mouillés cascadant sur ses épaules, Claire redescend lentement. La jeune femme a prévu une soirée télé avec un bouillon, Claire ne se sent pas trop bien. Dans ce brouet fumant, Elle laisse tomber les deux pilules de rêves tandis que la jeune femme, inconsciente de ce geste, prend son bol, allant s’installer dans le canapé. Elle sourit doucement, regardant la jeune femme boire ce doux breuvage qui l’accompagne avec délicatesse au pays de Morphée. Claire, s’endormant, glisse lentement sur le coté tandis qu’Elle rattrape le bol qui tangue dangereusement. Se dirigeant vers la porte d’entrée, Elle récupère au passage le sac à main de la jeune femme posé négligemment sur la commode d’un geste désinvolte.

La boutique allait fermer alors qu’Elle arrivait. Abandonnant le double des clés à l’instant réalisé dans sa poche, Elle chemine de nouveau dans cette rue mal éclairée. Claire, toujours aux pays des rêves sur le canapé, ne l’entend pas revenir. Elle remet le sac en cuir sur la commode à l’entrée. Ressortant tranquillement de chez la jeune femme endormie, Elle relève la tête, exposant son visage à la lune, cette douce caresse, peut-être le seul plaisir qu’il lui reste. Elle remonte machinalement le col de son manteau, s’éloignant tranquille, une démarche féline.

 

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D’avant en arrière, Cérès se laisse aller sur sa balançoire. Innocente enfant au jeu de chérubins, elle ne voit guère les ténèbres de son existence sans pour autant en être inconsciente. Elle souhaite trouver sa place dans cette société, apporter son innocence à cette sombre destinée. L’enfant est attachante protégée par son autre, elle évolue librement selon son désir sans contrainte. Ceres est son havre de paix, son échappatoire face à l’horreur.

 

Un visage de porcelaine blessé à jamais, cet œil meurtri volé une nuit pour toujours, elles voient ce pendant mieux que tous car elles ont deux visions du monde. Une conscience double de leur société allant sur des chemins divergeant sans jamais se quitter. Elles sont pour toujours et à jamais ensemble unies pour l’éternité.

Pourquoi le rose ? Une couleur si enfantine, une couleur pour les petites filles. Elle lui laisse de grande liberté, le plaisir de choisir ce qui n’est pas donner à tous. Cérès a des plaisirs simples, s’habiller comme elle l’entend mêlant aux tenues ténébreuses d’Elle des vêtements de couleurs roses, un mélange de ce qu’elles sont. Le caprice de Cérès, sa voiture ; le dépit d’Elle. Lorsque le bolide est entré dans la fondation, la déconvenue d’Elle a laissé place au bonheur, à l’excitation de Ceres face à cette voiture de sport des plus voyantes. Comme on dit c’est souvent ce qui est le plus voyant que l’on remarque le moins.

 

Cérès se balance, insouciante aux réflexions existentielles d’Elle. L’espoir perdure dans les ténèbres, une petite magicienne évoluant à son rythme sous la sombre protection maternelle d’Elle.

 

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Neige 

  

Publié dans : ||le 25 novembre, 2008 |2 Commentaires »

2 Commentaires Commenter.

  1. le 16 mars 2011 à 11:50 serrurier rennes écrit:

    Hello,
    Très bon sujet et bon billet. D’où vient cette inspiration !
    PS : Vous avez un flux rss pour vous relire ?

  2. le 18 mars 2011 à 19:54 fleurdeneige écrit:

    L’inspiration vient de l’imagianire. :p
    Pour le flux rss, je ne sais absolument pas.

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